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Le listerisme : l'antisepsie et les racines de la chirurgie moderne

Joseph Lister

Photo : Joseph Lister (1869), le musée des soins de santé à Kingston, #002050049b

Bienvenue à l’exposition en ligne consacrée au Dr Joseph Lister, père de la chirurgie antiseptique. Lister a révolutionné la chirurgie à la fin du XIXe siècle par ses méthodes antiseptiques, qui ont réduit considérablement le nombre d’infections et de décès, et favorisé la progression rapide de la chirurgie.

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les interventions chirurgicales étaient extrêmement risquées, car environ 35 pour cent de toutes les amputations se soldaient par un décès en raison d’une infection causée par des pratiques non stériles. La cause même de l’infection était mal comprise. Certains croyaient que les maladies se propageaient en raison de l’air vicié (théorie des miasmes); d’autres, en raison d’une transmission par voie aérienne ou corporelle (contagion). Ce n’est que lorsque Pasteur a prouvé la théorie germinale durant les années 1860 que la cause de l’infection a été expliquée, sans toutefois faire l’unanimité.

Qui était Joseph Lister?

Lord Joseph Lister (1827–1912) a obtenu son diplôme en médecine et effectué une formation complémentaire au Royal College of Surgeons (Londres) en 1852. Durant ses premières années de formation sous la direction du Dr James Syme à Edinburgh, il a commencé à étudier la relation entre les infections et l’exposition à l’air. En 1860, il a déménagé à Glasgow afin d’enseigner la chirurgie. La même année, il est devenu membre de la Royal Society. Après avoir lu Pasteur, en 1865, il a commencé à utiliser l’acide carbolique (phénol) et publié ses constatations en 1866. Il a poursuivi ses travaux sur l’antisepsie après son retour à Edinburgh en 1869 pour occuper un poste de professeur de chirurgie clinique. Déménagé à Londres en 1877, il est devenu titulaire de la chaire de chirurgie clinique au King’s College, son alma mater. En 1897, il est devenu le premier chirurgien à être reconnu par ses pairs.

Comment le Dr Lister a-t-il transformé les soins chirurgicaux?

Le Dr Joseph Lister a révolutionné la chirurgie à la fin du XIXe siècle en utilisant des méthodes antiseptiques qui ont réduit considérablement le nombre d’infections et de décès, et contribué de façon significative à l’amélioration de la santé des patients, tout en favorisant une progression rapide des connaissances et des méthodes chirurgicales. Faites défiler le diaporama ci-dessous pour voir les artéfacts et images à l’appui des percées remarquables qui ont transformé les soins chirurgicaux. Exposition en ligne sur Sir Joseph Lister préparée en collaboration avec le musée des soins de santé à Kingston.

Opération réalisée avec le vaporisateur d’acide carbolique de Lister

Les méthodes antiseptiques de Lister, expliquées pour la première fois dans The Lancet en 1867, faisaient appel à un agent antiseptique, l’acide carbolique (phénol), pour exclure l’infection par voie aérienne. Il s’agissait d’envelopper et de recouvrir les blessures de couches d’alèzes et de gaze imbibées de cet acide, auxquelles on ajoutait de l’étain et du plâtre. Ces méthodes ont permis de réduire de 15 pour cent les infections postchirurgicales. Elles ont été bien accueillies en Europe, mais très critiquées en Grande-Bretagne. Durant les années 1880, la réduction des taux d’infections postopératoires en a convaincu plus d’un des bienfaits des méthodes antiseptiques.

Photo : Opération réalisée avec le vaporisateur d’acide carbolique de Lister, dans Antiseptic surgery. National Library of Medicine, History of Medicine Division, A013357.

Bouteille d’acide carbolique (vers 1890)

Après avoir appris que l’acide carbolique permettait de traiter efficacement les eaux d’égout à Carlisle (Angleterre), Lister en a fait l’un de ses antiseptiques préférés. Même s’il n’était pas le premier à le découvrir, il en a popularisé l’utilisation en médecine.

Photo : Bouteille d’acide carbolique (vers 1890), Museum of Health Care, #010020404.

Dispositif auxiliaire de Lister

En 1871, Lister a recommandé de vaporiser une solution phéniquée dans les salles d’opération lors d’une chirurgie afin de détruire les bactéries présentes dans l’air autour du champ opératoire. Pendant 10 ans, Lister a fait l’essai de divers atomiseurs pour parfaire la distribution de la solution phéniquée autour du champ opératoire. Un dispositif auxiliaire (voir photo) permettait de fixer l’atomiseur sur un trépied et était facile à utiliser, mais difficile à transporter.

Photo : Dispositif auxiliaire de Lister. Wellcome Library, Londres, #V0027898EL.

Vaporisateur d’acide carbolique (vers 1900)

Le vaporisateur (ci-dessus) était la solution parfaite, parce qu’il libérait un gros nuage de vapeur sans grand effort. Il a été utilisé jusqu’en 1887, lorsque Lister l’a abandonné, ayant appris que la plupart des bactéries présentes dans l’air n’étaient ni pathogènes ni éliminées par le vaporisateur.

Photo : Vaporisateur d’acide carbolique (vers 1900), Museum of Health Care, #997002442.

Pansement phéniqué de Lister

Lister s’efforçait constamment d’améliorer ses méthodes antiseptiques, faisant l’essai de différents pansements et solutions antiseptiques, et vérifiant la capacité d’enrayer les germes de la blessure sans irriter la peau. Des pâtes antiseptiques et des bandes plâtrées enduites de laque ont été essayées avant que Lister découvre la gaze fine imprégnée de phénol et de paraffine.

Photo : Pansement phéniqué de Lister. Wellcome Library, Londres.

Catguts novateurs imbibés d’huile phéniquée préparés par Lister

Lister a aussi inventé le catgut phéniqué en 1866, une suture antiseptique absorbée par le corps. Avant, les sutures étaient propices aux infections parce qu’on laissait les extrémités longues pour pouvoir les enlever facilement. En trempant le catgut dans la solution antiseptique (image ci-dessus) et en coupant les extrémités près du nœud, ce qui était possible car les sutures n’avaient pas à être enlevées, Lister évitait l’infection.

Photo : Catguts novateurs imbibés d’huile phéniquée préparés par Lister. Wellcome Library.

Stérilisateur d’instruments chirurgicaux (vers 1883)

Lister recommandait fortement d’utiliser des stérilisateurs d’instruments chirurgicaux, comme l’un de ceux que l’on voit ci-dessus, utilisés en 1883, qui nettoyaient les instruments, une fois trempés dans une solution antiseptique. Il était aussi favorable à la stérilisation à la vapeur, qui éliminait les bactéries sur les instruments.

Photo : Stérilisateur d’instruments chirurgicaux (vers 1883), Museum of Health Care, #997037046.

Scie à amputation

Lister était d’avis que la conception des instruments et les matériaux devaient faciliter la stérilisation. Pour lui, le bois et l’ivoire étaient des matières poreuses, mais pas les métaux. Les deux scies à amputation que l’on voit ici témoignent de l’adoption de nouveaux matériaux et de l’abandon des éléments décoratifs après la révolution antiseptique.

Photo : Scie à amputation (1840–1880), Museum of Health Care, #1997.2.11.
Scie à amputation de Charrière (1900–1930), Museum of Health Care, #1977.5.9.

Gants chirurgicaux (1921)

Les pratiques aseptiques ont fait leur apparition dans les années 1880, dont la stérilisation thermique, les sarraus et masques chirurgicaux, pour exclure les germes de surface. Lister croyait que les pratiques antiseptiques et aseptiques assuraient la sécurité du patient. Il s’efforçait de tuer les germes présents dans la blessure et de les exclure du champ opératoire, à l’instar des médecins et chirurgiens actuels.

Photo : Gants chirurgicaux (1921), Museum of Health Care, #1981.10.2.

Masque facial (1910)

Même s’il était en faveur de certaines méthodes aseptiques utilisées durant les années 1880, Lister n’a jamais encouragé l'utilisation de sarraus, masques ou gants chirurgicaux. Les gants de caoutchouc et masques de gaze (voir photo) ne sont devenus populaires qu’au début du XXe siècle.

Photo : Masque facial (1910), Museum of Health Care, #1972.15.81.