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2.4.5 Respect des différences — Orientation sexuelle

Timothy F. Murphy, PhD

Mis à jour le 1er décembre 2013

Objectifs d'apprentissage

  1. Déterminer les obstacles à la révélation totale de renseignements par les gais, lesbiennes, bisexuels et transgenres (GLBT) dans la relation médecin-patient.
  2. Déterminer dans quelle mesure les médecins doivent maintenir la confidentialité dans leur relation avec des adolescents GLBT.
  3. Déterminer quelques stratégies permettant de prodiguer des soins de santé optimaux aux GLBT.

Cas

La Dre Adrienne Deutsch est une pédiatre spécialisée dans les soins aux adolescents. Du moins, c'est la façon dont elle est perçue par de nombreux pairs : ces derniers lui envoient des adolescents pour toutes sortes de problèmes, entre autres, acné grave, puberté retardée, problème affectif ou obésité. La Dre Deutsch a une façon bien spéciale d’établir une relation avec les adolescents parce qu'elle a eu une expérience pour le moins déplaisante avec un médecin lorsqu'elle était adolescente et, pendant ses études de médecine, elle s'est juré qu'elle ne referait jamais la même erreur que ce médecin avait faite à l'époque.

En effet, à l'âge de 16 ans, elle avait contracté une infection vaginale et son médecin lui avait demandé si elle était active sexuellement. Lorsqu'elle a répondu par l'affirmative, le médecin lui a immédiatement parlé de contraception et lui a remis une panoplie d'échantillons et de dispositifs de contraception en lui recommandant de les utiliser chaque fois qu'elle aurait des rapports sexuels. En fait, Adrienne avait eu des rapports sexuels avec une autre jeune femme, son premier amour d'écolière. Elle a gardé le silence pendant que le médecin lui parlait de contraception au lieu de révéler la nature exacte de ses rapports sexuels. La question qui la préoccupait le plus, à savoir si elle devait informer son amie qu'elle avait une infection, est demeurée sans réponse. Au terme de la relation, Adrienne a souffert d'une dépression sans pouvoir en parler à personne. Son médecin a dit à sa mère que c'était probablement juste une phase liée à l'adolescence.

Dans sa pratique actuelle, la Dre Deutsch voit parfois des adolescents qui vivent des inquiétudes relatives à l'homosexualité. Elle les rassure en leur disant que, quelle que soit leur orientation sexuelle, ce qui compte est de le dire au médecin afin que celui-ci puisse faire en sorte de protéger leur santé. Elle s'assure aussi d'utiliser un langage simple. La Dre Deutsch est ravie que de plus en plus d'adolescents gais et lesbiennes non seulement se confient à elle, mais parlent aussi ouvertement de leur identité sexuelle avec les membres de leur famille et leurs camarades de classe. Malgré toutes ces interactions, la Dre Deutsch ne révèle jamais sa propre orientation sexuelle à ses patients à moins qu'on le lui demande.

Suzanna Gowings, âgée de 16 ans, vient voir la Dre Deutsch parce que son asthme s'aggrave. Pendant une discussion avec Suzanna, la Dre Deutsch apprend que Suzanna consultait le Dr Gabriel Chirac, un médecin généraliste qui pratique dans la même ville. Suzanna dit qu'elle avait beaucoup de mal à établir un lien avec le Dr Chirac. Elle ne se sentait pas à l'aise pour lui parler parce qu'il disait parfois des choses méchantes sur les homosexuels ou d’autres minorités. Ce n'est pas la première fois que la Dre Deutsch entend des propos pareils sur le Dr Chirac. Lorsque la Dre Deutsch rassure Suzanna du fait qu'elle n'entendra jamais de tels propos dans son cabinet, Suzanna lui mentionne qu'elle a une petite amie. Toutefois, presque immédiatement, elle devient silencieuse comme si elle avait fait une erreur en révélant cette information. Elle demande ensuite à la Dre Deutsch de ne le dire à personne, en particulier à ses parents.

La Dre Deutsch se demande alors si elle devrait révéler son orientation sexuelle à cette patiente afin de créer un climat de confiance. Aucun parent ne lui a jamais demandé directement quelle était l'orientation sexuelle de leur enfant, mais elle se demande ce qu'elle répondrait si un parent lui posait la question. Elle se demande aussi si elle doit communiquer avec le Dr Chirac pour l'avertir que certains de ses propos peuvent heurter ses patients.

Questions

  1. La Dre Deutsch prend des mesures pour que les adolescents en développement se sentent à l'aise pour dévoiler leur orientation sexuelle. Bien que ces mesures soient importantes pour tous les adolescents, dans quelle mesure sont-elles importantes — et peut-être problématiques — pour les adolescents en développement qui sont en train de se forger une identité gaie, lesbienne, bisexuelle ou transgenre (GLBT)?
  2. Dans le cas présent, la patiente demande au médecin de maintenir la confidentialité d'une relation sexuelle et de tout traitement qu'elle pourrait recevoir. Y a-t-il des circonstances dans lesquelles un médecin devrait révéler ces informations?
  3. Est-ce que la Dre Deutsch doit dévoiler sa propre orientation sexuelle à sa patiente afin de créer un climat de confiance?
  4. La Dre Deutsch doit-elle réagir après avoir entendu qu'un médecin qui pratique à proximité adopte un comportement inapproprié envers ses patients GLBT, et si oui, que devrait-elle faire?

Discussion

Q1. La Dre Deutsch prend des mesures pour que les adolescents en développement se sentent à l'aise pour dévoiler leur orientation sexuelle. Bien que ces mesures soient importantes pour tous les adolescents, dans quelle mesure sont-elles importantes — et peut-être problématiques — pour les adolescents en développement qui sont en train de se forger une identité gaie, lesbienne, bisexuelle ou transgenre (GLBT)?

Pour de nombreuses personnes, la sexualité est un sujet délicat à aborder ouvertement, et cette difficulté est d'autant plus grande pour les adolescents en développement. Ces difficultés s'amplifient chez les adolescents qui ont des penchants et des comportements homosexuels ou qui vivent un conflit entre leur identité corporelle et leur identité intérieure (transgénérisme). De nombreux adolescents GLBT sont le seul membre de leur famille à vivre ce type de crise d'identité et ils n'ont souvent pas de modèle de rôle ou de soutien familial pouvant les aider à se forger une saine identité sexuelle. Dans certains cas, l'orientation sexuelle de l'adolescent demeure inconnue des parents, d'où l'extrême importance pour les médecins d'offrir aux adolescents un espace dans lequel ils peuvent parler de santé et de sexualité. La relation médecin-patient fonctionne de façon optimale lorsque les patients et les médecins communiquent ouvertement et dans un climat de confiance. Pour cette raison, il est préférable que les médecins adoptent une attitude réceptive envers tous leurs patients afin d'encourager les aveux, ce qui est mutuellement profitable dans la relation médecin-patient.

Cette perspective est reconnue par les principaux organismes professionnels ayant adopté des normes de non-discrimination en vue de protéger les patients GLBT qui sollicitent des soins de santé. Par exemple, l'Association médicale canadienne conseille aux médecins ce qui suit : « Dans la prestation des services médicaux, n'exercer de discrimination envers aucun patient en raison, notamment, de son âge, son sexe, son état civil, son état de santé, son origine nationale ou ethnique, son incapacité physique ou mentale, son affiliation politique, sa race, sa religion, son orientation sexuelle ou sa situation socioéconomique. »1(article 17) L'American Medical Association l'énonce de la façon suivante : « Les médecins qui offrent des services au public ne doivent refuser aucun patient en raison de sa race, sa couleur de peau, sa religion, son origine nationale ou ethnique, son orientation sexuelle, son identité sexuelle ou de tout autre fondement constituant une discrimination injuste. »2 [Traduction]

Q2. Dans le cas présent, la patiente demande au médecin de maintenir la confidentialité d'une relation sexuelle et de tout traitement qu'elle pourrait recevoir. Y a-t-il des circonstances dans lesquelles un médecin devrait révéler ces informations?

Normalement, les parents ont le droit d'obtenir les renseignements sur les soins de santé prodigués à leurs enfants mineurs parce qu'ils ont besoin de ces renseignements pour prendre des décisions relativement aux tests et aux traitements, car les enfants ne sont pas habilités à prendre ces décisions. Toutefois, le code de déontologie médical et la loi ont prévu des dispositions visant la vie privée des adolescents en développement.

Dans certaines circonstances, les adolescents en développement ont droit à la confidentialité de leurs soins de santé et ils sont habilités à prendre des décisions par eux-mêmes sans avis ou consentement parental. Le principe moral de respect de la personne s'appuie sur l'habilitation à prendre des décisions, et c'est ce que les adolescents en développement apprennent à faire. Pour cette raison, la plupart des provinces permettent aux adolescents en développement de prendre certaines décisions relatives au traitement de maladies psychiatriques ou transmises sexuellement ou à l'utilisation de contraceptifs. Dans certaines provinces, les adolescents en développement peuvent aussi obtenir un avortement sans avis ou consentement parental. Des commentateurs soutiennent que dans certaines circonstances, certains adolescents en développement atteints d'une grave maladie devraient avoir le droit de refuser un traitement qui pourrait allonger leur espérance de vie, même si cela entre en conflit avec la volonté des parents.

Quoi qu'il en soit, le code de déontologie médical et la loi reconnaissent l'importance de respecter certains des choix des adolescents en développement dans une mesure proportionnelle au contexte. Dans notre étude de cas, l'adolescente en développement ne souhaite pas que son orientation homosexuelle soit révélée à ses parents. Elle présume, bien sûr, que les parents ne sont pas au courant, ce qui n'est peut-être pas le cas. En présumant que les parents ne savent pas que leur fille s'intéresse à d'autres jeunes femmes, le médecin peut garder cette révélation confidentielle puisque l'orientation sexuelle de l'adolescente, à elle seule, n'a pas de conséquences immédiates sur sa santé. Autrement dit, cette information n'a aucun lien avec un diagnostic ou une décision de traitement actuels. Si les parents, pour une raison ou une autre, demandent directement à la Dre Deutsch quelle est l'orientation sexuelle de leur fille, la Dre Deutsch peut très bien leur dire qu'ils peuvent (et devraient) poser la question directement à leur fille.

Si cette situation est improbable ou indésirable, la Dre Deutsch peut encourager la jeune patiente à trouver une façon de dévoiler son orientation sexuelle à ses parents. Elle peut même proposer d'accompagner la patiente lorsqu'elle le fera pour pouvoir répondre aux questions des parents et de l'adolescente et soutenir toutes les personnes touchées. Si, pour quelque raison que ce soit, le médecin croit qu'il est essentiel pour le bien-être de l'adolescente (en raison d'une menace de suicide par exemple) de révéler cette information aux parents, elle doit au préalable en avertir la patiente.

Q3. Est-ce que la Dre Deutsch doit dévoiler sa propre orientation sexuelle à sa patiente afin de créer un climat de confiance?

Souvent, les médecins dévoilent, sans le vouloir, leur orientation sexuelle lorsqu'ils parlent de leur conjoint ou conjointe dans une conversation avec leurs patients ou affichent des photos de famille dans leur cabinet. La question éthique pertinente dans ce cas est de savoir si les médecins gais ou lesbiennes ont le même privilège. En général, tous les médecins doivent considérer ce qui est le mieux pour le patient.

Dans certains cas, le fait qu'un médecin dévoile au patient qu'il partage la même orientation sexuelle que lui peut contribuer à réduire le niveau d'anxiété du patient lié à la pensée que sa vie sexuelle peut être perçue avec hostilité ou avec indifférence. Par exemple, certains adolescents sont rassurés d'être suivis par un médecin qui sait, par expérience, à quel point il est difficile d'affirmer son identité sexuelle. Certains médecins tentent de communiquer à leurs patients, pas nécessairement leur orientation sexuelle, mais plutôt leur ouverture envers les personnes GLBT en portant sur eux ou en affichant dans leur cabinet des symboles sympathisants.

Dans d'autres cas, certains patients peuvent éprouver du désarroi en apprenant que leur médecin est homosexuel, en particulier les patients adolescents qui n'ont jamais rencontré socialement de femmes ou d'hommes homosexuels, et à plus forte raison de médecins gais ou lesbiennes qui vont les examiner et leur parler de leur vie sexuelle.

Pour ces raisons, le médecin peut dévoiler son orientation sexuelle uniquement lorsque cela contribue à établir un climat de confiance dans la relation de soins de santé. Cependant, il n'est pas tenu de le faire dans tous les cas.

Q4. La Dre Deutsch doit-elle réagir après avoir entendu qu'un médecin qui pratique à proximité adopte un comportement inapproprié envers ses patients GLBT, et si oui, que devrait-elle faire?

La Dre Deutsch ne peut pas savoir avec certitude que le Dr Chirac a réellement dit ce qu'a rapporté sa patiente. Elle n'a bien sûr aucune raison de ne pas croire la patiente, mais cette dernière a pu mal comprendre ou mal interpréter les propos du médecin. Pour cette raison, il serait malavisé pour la Dre Deutsch de critiquer directement le Dr Chirac concernant son comportement. Néanmoins, rien ne l'empêche d'aborder le Dr Chirac et de lui dire poliment que certains patients se sont plaints à elle de propos qu'il aurait tenus.

La Dre Deutsch peut aussi aviser tout patient ayant été témoin de propos déplacés sur les personnes GLBT de déposer une plainte auprès des ordres professionnels pertinents. Les ordres professionnels s'assurent que les médecins respectent des normes professionnelles précises. Évidemment, un médecin qui dénigre de façon répétée tout groupe de patients pendant la prestation de soins cliniques peut faire l'objet d'une enquête et de sanctions pour manquement professionnel.

Pour sa part, la Dre Deutsch peut faire un travail de sensibilisation auprès des organismes professionnels afin d'accroître leurs connaissances sur les soins aux personnes GLBT. Par exemple, elle peut participer à un programme de formation continue ou partager ses observations dans des revues ou bulletins professionnels. Ce type de visibilité dans le milieu professionnel peut aider à réduire les stéréotypes et les attentes qui risquent d’empêcher certaines personnes GLBT de demander les soins dont ils ont besoin, et peut aider les autres cliniciens à répondre aux normes élevées de soins professionnels.

Références

  1. Association médicale canadienne. Code de déontologie de l’AMC (2012), Ottawa ; 2012. Accès : http://policybase.cma.ca/dbtw-wpd/PolicyPDF/PD04-06F.pdf
  2. American Medical Association’s Council on Ethical and Judicial Affairs . Patient-physician relationship: respect for law and human rights. Opinion E-9.12, American Medical Association; 2007, accessible en ligne à : http://journalofethics.ama-assn.org/2010/08/coet1-1008.html

Ressources

  • Ginsburg KR., Winn RJ., Rudy BJ., Crawford J., Zhao H. et coll., “How to reach sexual minority youth in the health care setting: the teens offer guidance”, Journal of Adolescent Health, 2002, vol. 31, no 5, p. 407-416.
  • Lehrer JA., Pantell R., Tebb K. et Shafer MA. ”Forgone health care among U.S. adolescents: associations between risk characteristics and confidentiality concern”, Journal of Adolescent Health, 2007, vol. 40, no 3, p. 218-226.
  • Beagan BL, Fredericks E, Goldberg L. Nurses’ work with LGBTQ patients: “they’re just like everybody else, so what’s the difference?” Canadian Journal of Nursing Research 2012; 44(3): 44-63.
  • Society for Adolescent Health and Medicine. Recommendations for promoting the health and well-being of lesbian, gay, bisexual, and transgender adolescents: a position paper of the society for adolescent health and medicine. Journal of Adolescent Health 2013; 52:506-510.