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4.3.1 Accès aux techniques de reproduction

Chantal Rivard, MD, FRCPC

*Texte mis à jour le 1 mars 2014 par Arthur Leader, MD, FRCPC

Objectifs d'apprentissage

  1. Discuter des facteurs limitant l'accès aux techniques de reproduction
  2. Amorcer une réflexion sur le problème de l'âge comme facteur limitant l'accès aux techniques de reproduction

Cas

Mme Boulanger est une femme de 51 ans qui travaille comme fonctionnaire. Elle est en couple depuis un an avec un conjoint de 43 ans et leur relation est stable.

Madame n'a jamais eu d'enfant. Elle a été antérieurement en couple avec deux hommes dont le premier était atteint de problèmes de fertilité. Ils avaient discuté d'adoption mais, son conjoint y étant franchement opposé, elle a abandonné ce projet. Ils ont vécu cinq ans ensemble.

Son deuxième conjoint avait subi une vasectomie et avait lui-même deux fils qu'elle a en partie élevés; elle a toutefois trouvé très difficile d'être la « belle-mère » de ces enfants. Elle a été plus de dix ans en couple avec cet homme. Depuis leur séparation, il y a trois ans, elle a eu peu de contacts avec ces enfants.

Son conjoint actuel n'a pas d'enfant mais en a toujours voulu. Elle-même en aurait toujours désiré, mais elle se disait que la vie ne lui en avait pas donné l'occasion.

Mme Boulanger est en bonne santé. Elle n'a aucun antécédent médical ou chirurgical pertinent. Elle n'a pas d'habitude particulière et ne prend pas de médicament. Elle n'a pas d'allergie connue. Son histoire familiale est sans particularité.

Son histoire gynécologique est sans particularité. Elle fait des suivis réguliers qui sont toujours normaux. Elle est ménopausée depuis deux ans environ et suit une hormonothérapie qu'elle tolère très bien.

Madame a entendu parler de la possibilité du don d'ovules et de la maternité chez les femmes ménopausées. Elle est très enthousiaste face à ce projet, de même que son conjoint. Ils vous en font la demande.

Questions

  1. Comment se sentir face à cette demande?
  2. Le seul critère de l'âge d'une patiente peut-il justifier de lui refuser l'accès à des techniques de reproduction?
  3. L'accès aux techniques de reproduction est-il un droit ou un privilège?
  4. Quelles sont les obligations du médecin face à cette patiente?
  5. Y a-t-il une législation québécoise ou canadienne au sujet de l'âge et de l'accès aux techniques de reproduction?

Discussion

Avec l'avènement des nouvelles techniques de reproduction, nous assistons à des demandes de soins par des personnes qui n'y auraient pas eu accès, il y a quelques années. Que l'on pense par exemple aux couples gais, aux femmes célibataires, aux transsexuels ou aux patientes atteintes de maladies héréditaires graves ou de maladies telles que le SIDA. Le don d'ovules permet maintenant aussi à des femmes ménopausées de pouvoir concevoir.

Ces nouvelles possibilités peuvent choquer de prime abord. Il est important d'y réfléchir, car les moyens techniques les rendent réalisables. Devons-nous nécessairement accepter les demandes de ces patientes, seulement parce que la technologie les rend possibles?

Plusieurs cas de femmes ménopausées ayant subi une fécondation in vitro avec dons d'ovules sont déjà publiés. Nous comptons environ une centaine de cas jusqu'ici et la plus âgée avait 63 ans1. Cependant, certaines personnes s'opposent fermement à ces manipulations de la vie reproductive naturelle.

Sur quels critères peut-on accepter ou refuser une demande de traitement d'infertilité? L'âge seul peut-il être un critère? Doit-on voir les traitements d'infertilité des femmes ménopausées comme la résolution d'un problème médical ou plutôt comme une amélioration de la capacité reproductive des femmes?

La liberté de reproduction
La vie sans enfant, comme plusieurs couples infertiles pourraient en témoigner, peut paraître incomplète à certaines personnes. Pourquoi alors refuser à des couples l'accès à des techniques de reproduction disponibles?

Le sentiment d'échec ou de vie imparfaite que peuvent ressentir certaines personnes qui n'ont pas d'enfant est un concept complexe où interviennent plusieurs facteurs psychologiques. Landau fait remarquer que les enfants ne sont pas un traitement ou une thérapie; nous devons donc faire attention de ne pas les utiliser comme moyens pour arriver à notre fin. Avoir un enfant n'est pas nécessairement la solution au problème de la femme dans tous les cas2.

Pour certains, il existe un droit à la reproduction et, dans ce contexte, une femme plus âgée ne devrait pas être traitée différemment des autres. Restreindre cette liberté serait manquer au respect de son autonomie3. Pour sa part, Antinori croit que ce n'est pas le rôle du médecin de décider pour les parents s'ils sont capables ou non d'assumer la grossesse et les responsabilités reliées à l'enfant. Ce choix appartient aux parents et les médecins doivent respecter la décision des parents lorsque les circonstances le permettent et que les risques sont acceptables dans ce cas particulier4.

Pour d'autres, il ne s'agit pas d'un droit. Le bien de l'enfant à naître doit rester au centre des décisions que l'on prend. Selon Pennings, il ne faut pas voir la parentalité comme un droit mais comme un engagement. Les parents doivent soupeser les différents facteurs influençant leur désir d'avoir un enfant et prendre une décision responsable5. Landau ajoute que nous avons des obligations, non seulement envers les enfants qui existent déjà mais aussi envers les enfants que nous voulons avoir6. Il ne s'agit donc pas simplement de nos droits comme parents; la notion de responsabilité doit rester au centre de nos décisions.

Pourquoi repousser la maternité?
Il serait bon de revoir d'abord les raisons pour lesquelles les femmes décident de concevoir plus tardivement. Naturellement, les études et la carrière sont des facteurs importants. Des problèmes de fertilité peuvent aussi avoir repoussé l'âge des grossesses. Le fait de ne pas avoir eu de relation assez stable auparavant ou d'avoir eu des conflits à résoudre sont d'autres motifs parfois invoqués pour commencer à désirer une grossesse après 40 ans.

On pourrait donc percevoir les grossesses tardives comme des choix égoïstes de la part des femmes (après avoir fait autre chose, établi leur carrière, etc.) ou, au contraire, comme un choix réfléchi, la femme ayant attendu d'être parfaitement prête sur les plans social, psychologique et matériel7,8.

Pour Landau, il faut faire attention au message lancé aux femmes. Le fait que la FIV et le don d'ovules existent pourrait donner l'illusion à certaines femmes qu'elles peuvent attendre sans problème avant d'avoir un enfant. Cependant, ces traitements sont complexes, coûteux et comportent des risques pour les patientes et leurs enfants. De plus, ils sont loin d'être efficaces à 100 %. La croyance en l'omnipotence de la médecine pour la conception d'un enfant pourrait conduire à une augmentation des taux d'infertilité chez la prochaine génération9.

La durée de vie reproductive naturelle
Les opposants au traitement de l'infertilité chez les femmes ménopausées invoquent habituellement l'argument que ce n'est pas « naturel ». Le don d'ovules ne serait donc acceptable que lorsqu'il est utilisé chez des patientes en âge d'être mère et la ménopause serait une limite naturelle au droit de procréer. Utiliser les techniques de reproduction chez les femmes ménopausées serait tenter « d'améliorer » la nature et non de régler un problème de santé10.

Pour certains, cette notion de la durée de vie reproductive n'est qu'une construction sociale. Nous attendons d'une femme de plus de 50 ans qu'elle remplisse le rôle de grand-mère et non celui de mère car, selon la société qui a des structures très définies, la femme est rendue à cette étape. Ceci présuppose donc une durée de vie reproductive fixe.

Le principe voulant que l'acceptabilité de certains buts, activités ou projets soit fonction de l'espérance de vie moyenne nous force à réévaluer certains projets, face à l'augmentation de la durée de vie moyenne11. L'idée qu'une femme ait un enfant à 50 ans pouvait auparavant paraître irresponsable. Maintenant que l'espérance de vie des femmes atteint presque 90 ans, il est peu probable que cette femme ne puisse élever son enfant jusqu'à l'âge adulte.

Selon Pennings12, l'allongement de l'espérance de vie permettrait de faire de multiples carrières et de changer de projet à un certain âge, et de décider par exemple d'avoir des enfants. Il serait difficile de condamner des gens qui tentent d'accomplir une des possibilités que leur offre la vie quand l'occasion se présente si, en plus, ils peuvent y parvenir sans nuire aux autres.

De plus, la durée de vie reproductive naturelle ne peut, à elle seule, être un argument qui nous fasse accepter d'emblée une grossesse, car elle ne coïncide pas parfaitement avec l'âge où la grossesse est moralement et socialement acceptable. Par exemple, la plupart croient que l'adolescence n'est pas le meilleur temps pour être enceinte, bien qu'elle fasse partie de la période de reproduction naturelle13.

La capacité parentale
Il est une question que tout parent devrait se poser avant d'avoir un enfant est : vais-je avoir la capacité de bien m'en occuper? Pour certains, les facteurs permettant de trouver réponse à cette question sont si difficiles à quantifier que la seule condition préalable absolument essentielle pour avoir un enfant serait que le parent soit capable d'aimer son enfant, ce qui assurerait à ce dernier un environnement favorable14.

Selon Pennings, la capacité parentale relève principalement de deux facteurs pour les parents plus âgés : le temps et l'environnement. Le temps est un facteur primordial dans la décision concernant tout projet. Nous devons estimer le temps que nous pouvons accorder à ce projet et estimer le temps du projet lui-même, pour voir s'il est réalisable. Dans le cas qui nous intéresse, l'espérance de vie en bonne santé peut s'estimer à partir des moyennes actuelles (à moins de facteurs pouvant l'influencer, comme le tabagisme), et elle se situe facilement dans la soixante-dizaine. Le temps du « projet », soit l'autonomie de l'enfant, se situe probablement à plus de 20 ans. Pennings suggère toutefois de calculer 25 ans, pour plus de sécurité15.

Finalement, nous devons estimer l'âge où le parent possédera encore la capacité physique et mentale de s'occuper de son enfant, et pas seulement son espérance de vie. Prendre soin de sa progéniture demande des aptitudes qui peuvent manquer à certaines personnes plus âgées. Quand perdons-nous donc cette capacité? Selon Pennings, nous la perdrions dans notre septième décennie, ce qui nous donne donc un âge de 50 ans comme âge maximal pour concevoir16. D'autres sont d'avis qu'à partir du moment où nous acceptons que la maternité, avec ses difficultés et ses responsabilités, n'est pas un rôle trop difficile pour une femme ménopausée, il ne devrait pas y avoir d'âge limite déterminé arbitrairement17.

En raison de la durée de ce projet, plusieurs estiment qu'il pourrait y avoir discordance entre les capacités nécessaires au début et à la fin. S'occuper d'un bébé à 55 ans serait peut-être plus facile que de s'occuper d'un adolescent à 65 ans. Certaines études suggèrent que le fait de repousser l'âge pour devenir parents pose plus de difficultés à l'adolescence18.

Un aspect parfois oublié est la double responsabilité que les futurs parents auront à assumer. En effet, plusieurs personnes dans la soixantaine auront à s'occuper de leurs propres parents vieillissants et malades. Cette tâche, ajoutée à celle d'élever un enfant, peut devenir très lourde. Les familles étant moins nombreuses, la tâche des parents peut parfois incomber à une seule personne19.

Le partage de la responsabilité
Le bien-être de l'enfant est-il la seule responsabilité des parents? Cette question peut paraître incongrue dans la vision traditionnelle de la famille nord-américaine. Cependant, si la charge d'un enfant était partagée, le fait que les parents ne puissent plus, un jour, subvenir aux besoins de leur enfant serait moins stressant et n'empêcherait donc pas un couple plus âgé de s'embarquer dans une telle aventure.

Le lien unique entre parent et enfant est difficile à transférer à une tierce personne. En revanche, un enfant élevé dans une « famille » plus large que la famille nucléaire que nous connaissons habituellement pourrait moins souffrir de la perte d'un ou de ses deux parents. Néanmoins, cela requiert une réorientation de notre conception des relations parents-enfants et de la structure de base de la famille20.

L'égalité des genres
La discussion entourant la maternité en postménopause pourrait être taxée de sexiste. En effet, a-t-on les mêmes objections et les mêmes préjugés lorsqu'il s'agit d'hommes du même âge? Pour certains, la discussion ne peut être la même du fait que nous n'avons pas besoin d'intervenir activement comme tierce personne pour permettre la conception dans le cas d'hommes plus âgés, ce qui pourrait faire une différence au niveau moral. Certains imposeraient peut-être aussi une limite aux hommes si ceux-ci devaient avoir recours à des techniques de reproduction.

Pour d'autres, il ne s'agit pas de cela. La discrimination vient de la relation unique entre la mère et son enfant, qui fait en sorte que le rôle de la mère auprès de l'enfant est perçu différemment. Le degré d'investissement pour devenir mère ne serait pas le même que celui exigé du père, et la présence de la mère serait donc indispensable et irremplaçable. Si le père joue un rôle de plus en plus important, qu'il participe davantage et qu'il s'éloigne de son rôle traditionnel qui le réduit à celui de pourvoyeur d'argent et de sécurité, il est possible que le père pourrait lui aussi être blâmé de devenir parent à un âge avancé.

Bien entendu, l'implication pour la mère comprend aussi des facteurs physiques reliés à la grossesse et à l'accouchement, dont nous discuterons plus loin.

Succès de la FIV
La fécondation in vitro (FIV) a été utilisée avec succès pour la première fois en 1978. Les femmes qui ont recours à la FIV à l'âge de 42 ans ou plus nécessitent un don d'ovules, car à partir de cet âge, le risque d’aneuploïdie pour leurs propres ovules est de 50 %. Actuellement, le taux de succès de la FIV au Canada pour les femmes de 40 à 42 ans utilisant leurs propres ovules est de 10 % de naissances vivantes par cycle. Pour les femmes qui font appel au don d’ovule, le taux de naissances vivantes est de 50 % par transfert d’embryon. La prédiction du succès d'un cycle de FIV avec un don d’ovule dépend donc largement de l'âge de la donneuse d'ovules21. D’aucuns pensent que la grossesse en postménopause est si risquée après 49 ans qu’elle ne devrait pas être proposée. Ceux qui défendent ce point de vue pensent que d'autres choix devraient être proposés à ces femmes qui désirent avoir un enfant pour combler le vide de leur vie, par exemple adopter, s'occuper d'enfants dans des organismes de charité ou enrichir leur vie carrément d'autres façons (p. ex., études, voyages, etc.)22.

Pour d'autres, dans des cas bien sélectionnés, une femme ménopausée est parfaitement capable de supporter une grossesse et de la mener à terme23.

Les ovules frais étant une ressource limitée, il a été suggéré que le manque de cette ressource devrait nous mener à en restreindre l'accès aux femmes ménopausées. Avec l'avènement des banques d'ovules vitrifiés (congelés), l’approvisionnement en ovules n’est plus un problème majeur. Cependant, il pourrait paraître juste de donner les ovules aux femmes qui ont le plus de chances d'avoir un enfant à terme en bonne santé. Il s'agit donc d'un conflit entre le principe de justice (accès à tous) et le principe d'utilité (accès à celles ayant le plus de chances de réussite)24. Selon Goold, l'universalité du désir de reproduction est une base suffisante pour considérer l'infertilité comme une maladie, et toutes les raisons d'infertilité sont valables. Nous devons alors donner à toutes les femmes un accès égal aux techniques de reproduction25.

Les risques médicaux
Les risques médicaux associés à la grossesse sont aussi beaucoup plus élevés après 49 ans. Les risques pour la mère sont de plusieurs ordres : complications vasculaires, grossesses multiples (dues aux techniques de reproduction), diabète, hémorragie postpartum, hypertension gravidique et éclampsie, insuffisance cardiaque et AVC. Un taux de césariennes plus élevé ainsi qu'une augmentation des décollements placentaires ont aussi été observés26,27. Ces complications auront-elles une incidence sur la santé future de la mère?

Les enfants nés de mères postménopausées sont aussi plus à risque de naître prématurément et d'être petits par rapport à l’âge gestationnel, et d’avoir un faible poids de naissance. Certains risques sont dus à la FIV28 (grossesses multiples et leurs conséquences) mais, même en leur absence, des études montrent un risque associé à l'âge maternel seul29. Il faut donc aussi se questionner sur les risques à long terme pour la santé de l'enfant né d'une mère ménopausée.

Un auteur fait également remarquer que nous soumettons un enfant potentiel à ces risques sans qu'il le sache et sans son consentement. Il faudrait être capable de déterminer si un enfant aurait jugé ce risque raisonnable pour sa propre vie. Cela pose problème, car nous octroyons ainsi des droits à un enfant encore non conçu et que nous basons ce raisonnement sur ce qui, selon nous, serait le choix de l'enfant. Or d'un point de vue légal, un tel argument ne tient pas, car un enfant qui n'est pas né n’a pas de droits30. D'un point de vue moral, cet argument pourrait se rapprocher de la discussion sur le bien-être de l'enfant à venir.

D'autres auteurs, dont Antinori, croient au contraire que, dans des cas bien sélectionnés, les risques pour la femme ménopausée ne sont pas beaucoup plus importants que ceux qui existent dans la population générale31.

Les risques psychologiques
Landau souligne le fait qu'il existe tout de même un risque plus grand de devenir orphelin si la mère est plus âgée et, à son avis, le décès de cette mère « sociale » pourrait créer une deuxième « perte » pour l'enfant, la première étant la perte de sa mère « biologique » ou donneuse d'ovules.

Cet auteur note en outre que le réseau social de ces parents plus âgés est lui aussi plus âgé et peut-être moins apte à s'occuper de l'enfant, en cas de décès ou d'incapacité des parents32.

Pour d'autres, il serait discriminatoire de refuser la maternité à des femmes uniquement parce qu'elles ont plus de chances de mourir. Des femmes plus jeunes peuvent aussi être atteintes de conditions mortelles, et des facteurs autres que l'âge influencent également la longévité, notamment la génétique, le tabagisme, la pratique de sports extrêmes, l'exercice d'un métier comportant des risques, etc.33.

Finalement, le fait de connaître la donneuse d'ovules peut aussi poser problème. Les femmes postménopausées qui désirent une grossesse pourraient faire pression sur des femmes plus jeunes de leur entourage afin de les décider à les aider dans ce processus. Comme pour les femmes plus jeunes, le fait de connaître la donneuse et qu'elle soit présente dans la vie de la famille peut aussi parfois causer problème.

Aspects légaux
La santé reproductive est définie par les Nations Unies comme « un état de bien-être physique, mental et social complet, et non une absence de maladie reproductive ou une infirmité» (traduction)34. De là découle leur résolution adoptée en 1994 qui stipule que les individus ont le droit d'être informés et d'avoir accès à des méthodes pour régulariser la fertilité de manière sécuritaire, efficace, abordable, acceptable et légale35.

Selon les Nations Unies, « les gens devraient avoir la capacité de se reproduire et la liberté de décider s'ils veulent le faire et quand et combien de fois ils le font» (traduction)36. Pourrait-on en déduire qu'il n'y a pas d'âge limite pour se reproduire? Au final, c’est l’intérêt supérieur de l’enfant qui prime.

À ce sujet, les Canadiens n'ont pas réglementé la pratique du don d'ovules chez les femmes ménopausées et il n'y a donc pas d'âge limite pour y avoir recours.

Dans la Loi sur la procréation assistée, le Canada ne mentionne pas un âge maximal pour l’accès au techniques reproductives37. Néanmoins, plusieurs principes dérivés de cette loi pourraient nous guider dans nos décisions. Cette loi stipule (article 2a), entre autres, que « la santé et le bien-être des enfants issus des techniques de procréation assistée doivent prévaloir dans les décisions concernant l'usage de celles-ci ». L’article 2a précise « la santé et le bien-être des femmes doivent être protégés lors de l'application de ces techniques ». Enfin, l’article 2e stipule que « les personnes cherchant à avoir recours aux techniques de procréation assistée ne doivent pas faire l'objet de discrimination, notamment sur la base de leur orientation sexuelle ou de leur statut matrimonial ». Faudrait-il ajouter l’âge à cette liste?

Conclusion

Le cas de Mme Boulanger soulève plusieurs sujets controversés : l'accessibilité aux techniques de reproduction, la capacité parentale et la liberté de reproduction en sont des exemples. Cette discussion remet aussi en question notre façon traditionnelle de voir la famille et nos conceptions de ce qu'est un âge « normal » pour devenir parent.

Les décisions d'accepter ou non la grossesse chez les femmes ménopausées devraient probablement se faire au cas par cas, étant donné la complexité des données et les risques qui peuvent être différents dans chaque situation. Il faut aussi souligner l'importance des discussions avec ces patientes avant la conception, afin que celles-ci puissent faire un choix éclairé qui tienne compte de tous les enjeux, tant du point de vue de la future mère, de la famille que de l'enfant à venir. C'est seulement ainsi que les principes éthiques pourront être pleinement respectés.

Références

  1. Check, J.H. et al. "Successful Pregnancy after the Age of 50: A Report of Two Cases as a Result of Oocyte Donation", Obstetrics and Gynecology, 1993, vol. 81, p. 835.
  2. Landau, R. "The Promise of Post-Menopausal Pregnancy", Social Work in Health Care, 2004, vol. 41, no 1, p. 63.
  3. Goold, I. "Should Older and Postmenopausal Women Have Access to Assisted Reproductive Technology?", Monash Bioethics Review, 2005, vol. 24, no 1, pp. 33 and 35.
  4. Antinori, S. et al. "A Child is a Joy at Any Age", Human Reproduction, 1993, vol. 8, no 10, p. 542.
  5. Pennings, G. "Age and Assisted Reproduction", Med Law, 1995, vol. 14, p. 532.
  6. Landau, R. "The Promise of Post-Menopausal Pregnancy", Social Work in Health Care, 2004, vol. 41, no 1, p. 61.
  7. Pennings, G. "Age and Assisted Reproduction", Med Law, 1995, vol. 14, pp. 536-537.
  8. Goold, I. "Should Older and Postmenopausal Women Have Access to Assisted Reproductive Technology?", Monash Bioethics Review, 2005, vol. 24, no 1, pp. 37-38.
  9. Landau, R. "The Promise of Post-Menopausal Pregnancy", Social Work in Health Care, 2004, vol. 41, no 1, pp. 62-64.
  10. Kluge, E. "Reproductive Technology and Postmenopausal Motherhood", Can Med Assoc J, 1994, vol. 151, no 3, p. 354-5.
  11. Pennings, G. "Postmenopausal Women and the Right of Access to Oocyte Donation", Journal of Applied Philosophy, 2001, vol. 18, no 2, p. 172.
  12. Ibid pp. 172-173.
  13. Pennings, G. "Age and Assisted Reproduction", Med Law, 1995, vol. 14, pp. 531-541.
  14. Benagiano, G. "Pregnancy After Menopause: A Challenge To Nature?", Human Reproduction, 1993, vol. 8, no 9, p. 1344-45.
  15. Pennings, G. "Age and Assisted Reproduction", Med Law, 1995, vol. 14, p. 534.
  16. Ibid p. 536.
  17. Landau, R. "The Promise of Post-Menopausal Pregnancy", Social Work in Health Care, 2004, vol. 41, no 1, p. 58.
  18. Pennings, G. "Age and Assisted Reproduction", Med Law, 1995, vol. 14, p. 535.
  19. Landau, R. "The Promise of Post-Menopausal Pregnancy", Social Work in Health Care, 2004, vol. 41, no 1, p. 60.
  20. Pennings, G. "Age and Assisted Reproduction", Med Law, 1995, vol. 14, p. 536.
  21. Landau, R. "The Promise of Post-Menopausal Pregnancy", Social Work in Health Care, 2004, vol. 41, no 1, p. 56.
  22. Ibid p. 63.
  23. Antinori, S. et al. "A Child is a Joy at Any Age", Human Reproduction, 1993, vol. 8, no 10, p. 1542.
  24. Pennings, G. "Postmenopausal Women and the Right of Access to Oocyte Donation", Journal of Applied Philosophy, 2001, vol. 18, no 2, pp. 174-175.
  25. Goold, I. "Should Older and Postmenopausal Women Have Access to Assisted Reproductive Technology?", Monash Bioethics Review, 2005, vol. 24, no 1, p. 39.
  26. Dollberg, S. et al. "Adverse Perinatal Outcome in the older Primipara", J PerinatolM, 1996, vol. 16, no 2, p. 95-96.
  27. Salihu, H. S. "Childbearing Beyond Maternal Age 50 and Fetal Outcomes in the United States", Obst Gynecol, 2003, vol. 102, no 5, pp. 1006-1012.
  28. Addor, V. et al. "Impact of infertility treatments on the health of newborns", Fer and Ster, 1998, vol. 69, no 2, pp. 210-215.
  29. Salihu, H. S. "Childbearing Beyond Maternal Age 50 and Fetal Outcomes in the United States", Obst Gynecol, 2003, vol. 102, no 5, pp. 1006-1012.
  30. Goold, I. "Should Older and Postmenopausal Women Have Access to Assisted Reproductive Technology?", Monash Bioethics Review, 2005, vol. 24, no 1, p. 36.
  31. Antinori, S. et al. "A Child is a Joy at Any Age", Human Reproduction, 1993, vol. 8, no 10, p. 1542.
  32. Landau, R. "The Promise of Post-Menopausal Pregnancy", Social Work in Health Care, 2004, vol. 41, no 1, pp. 60-61.
  33. Goold, I. "Should Older and Postmenopausal Women Have Access to Assisted Reproductive Technology?", Monash Bioethics Review, 2005, vol. 24, no 1, p. 34.
  34. United Nations. International Conference on Population and Development (ICPD). Guidelines on Reproductive Health, 1994.
  35. General Assembly of the United Nations. Resolution 49/128, 1994.
  36. United Nations. International Conference on Population and Development (ICPD). Guidelines on Reproductive Health, 1994.
  37. Government of Canada. Assisted Human Reproduction Act (An Act respecting assisted human reproduction and related research), 2004.

Lectures et Ressources

  • Addor, V. et al. "Impact of infertility treatments on the health of newborns", Fer and Ster, 1998, vol. 69, no 2, pp. 210-215.
  • Antinori, S. et al. "A Child is a Joy at Any Age", Human Reproduction, 1993, vol. 8, no 10, p. 1542.
  • Benagiano, G. "Pregnancy after Menopause: A Challenge To Nature?", Human Reproduction, 1993, vol. 8, no 9, p. 1344-1345.
  • Check, J.H. et al. "Successful Pregnancy after the Age of 50: A Report of Two Cases as a Result of Oocyte Donation", Obstetrics and Gynecology, 1993, vol. 81, p. 835.
  • Dollberg, S. et al. "Adverse Perinatal Outcome in the older Primipara", J Perinatol, 1996, vol. 16, no 2, pp. 93-97.
  • Goold, I. "Should Older and Postmenopausal Women Have Access to Assisted Reproductive Technology?", Monash Bioethics Review, 2005, vol. 24, no 1, pp. 27-46.
  • Government of Canada. Assisted Human Reproduction Act (An Act respecting assisted human reproduction and related research) assented to on 29 March 2004.
  • Kluge, E. "Reproductive Technology and Postmenopausal Motherhood", Can Med Assoc J, 1994, vol. 151, no 3, p. 354-355.
  • Landau, R. "The Promise of Post-Menopausal Pregnancy", Social Work in Health Care, 2004, vol. 41, no 1, pp. 53-69.
  • United Nations. International Conference on Population and Development (ICPD). Population Information Network (POPIN). Guidelines on Reproductive Health, Resolution 49/128, 1994.
  • Pennings, G. "Age and Assisted Reproduction", Med Law, 1995, vol. 14, pp. 531-541.
  • Pennings, G. "Postmenopausal Women and the Right of Access to Oocyte Donation", Journal of Applied Philosophy, 2001, vol. 18, no 2, pp. 171-181.
  • Salihu, H. S. "Childbearing Beyond Maternal Age 50 and Fetal Outcomes in the United States", Obst Gynecol, 2003, vol. 102, no 5, pp. 1006-1014.