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Conseils sur la sécurité culturelle pour les cliniciens pendant la pandémie de COVID-19

La pandémie de COVID-19 pose des défis sans précédent pour les systèmes et les fournisseurs de soins de santé du monde entier, notamment la nécessité d’appliquer des mesures de sécurité culturelle. Il est indispensable d’assurer une saine gestion des ressources limitées tout en offrant des soins de santé adaptés aux réalités culturelles. Cette liste a été créée pour sensibiliser les cliniciens à l’importance d’adopter des pratiques adaptées aux réalités culturelles au moment d’évaluer les patients soupçonnés d’être atteints de la COVID-19 et de traiter ceux ayant contracté le virus.

1. Soyez conscients que les expériences traumatisantes du passé sont bouleversantes et peuvent nuire aux capacités d’adaptation d’une personne.

  • Les Autochtones ont une riche culture et sont forts et résilients.
  • Les Autochtones ont survécu à de multiples formes de génocide et de violence coloniale.
  • Les colons ont propagé des épidémies meurtrières, causé la famine et perpétué l’esclavage et la guerre.
  • Plus récemment, les pensionnats, la tuberculose et la grippe H1N1 ont également fait des ravages.
  • Les traumatismes personnels peuvent se transmettre d’une génération à l’autre et s’étendre à la famille et à la communauté.
  • Le racisme systémique persiste.

2. Plaidez en faveur de sites de dépistage et d’isolement communautaires adaptés aux réalités culturelles.

  • Mobilisez les Aînés et les dirigeants des communautés autochtones en vue de concevoir des espaces sûrs pour le dépistage où les limites et restrictions respectent les directives de santé publique et les lignes directrices sur la prévention des infections.
  • Créez des espaces sûrs où les proches qui accompagnent les patients peuvent attendre, ainsi que des espaces accueillants en harmonie avec la terre, selon les instructions de la communauté.
  • N’aménagez pas d’espaces de dépistage ou d’isolement ressemblant à des dortoirs de pensionnats ou à des milieux institutionnels.
  • Sachez que certains patients ne pourront peut-être pas suivre les mesures de santé publique comme la distanciation physique ou les consignes d’isolement en raison de conditions sous-jacentes (p. ex., logement inadéquat).
  • Soyez conscients que les membres des communautés ayant un problème de surpeuplement devront s’isoler dans un endroit adapté à leur culture qui se trouve à l’extérieur de leur foyer et de leur communauté afin de minimiser le risque de propagation du virus dans la communauté.

3. Établissez des liens de confiance avec les communautés, les familles et les patients.

  • Réfléchissez à la façon dont vos pouvoirs et vos privilèges en tant que médecin peuvent être perçus et exercés lorsque vous communiquez avec les patients et que vous effectuez des activités cliniques.
  • Demandez la permission et le consentement du patient avant d’entamer une évaluation, de communiquer des résultats ainsi que de recommander des mesures de prévention et des soins. Si vous envisagez d’offrir à certains patients la possibilité de réaliser eux-mêmes le prélèvement, la supervision d’un médecin s’impose. La prudence est de mise, car un prélèvement inadéquat peut engendrer de faux négatifs et entraîner un risque de propagation communautaire.
  • N’attendez pas des Autochtones qu’ils vous enseignent la sécurité culturelle et l’histoire.
  • Engagez-vous à en apprendre davantage au sujet des expériences antérieures et actuelles des Autochtones sur le territoire maintenant connu sous le nom du Canada.
  • Intégrez les pratiques de guérison traditionnelles au plan de traitement du patient, s’il le souhaite. Ces pratiques doivent être respectées et honorées.

4. Précisez que les résultats des tests et les renseignements recueillis sont la propriété du patient.

  • Expliquez au patient comment vous allez réaliser le test et quand il obtiendra les résultats.
  • Demandez au patient si d’autres personnes peuvent avoir accès aux résultats (par exemple, les gestionnaires d’habitations collectives) et assurez-vous qu’il consent à ce partage.
  • Communiquez les résultats rapidement, en toute sécurité et en toute confidentialité, qu’ils soient positifs ou négatifs, afin que le patient puisse commencer à protéger ses proches, les Aînés et la communauté dans son ensemble.
  • Expliquez respectueusement que le partage de renseignements à des fins de santé publique ne nécessite pas le consentement du patient, et précisez quel degré d’information sera transmis et à qui (il n’est pas toujours nécessaire d’inclure les éléments permettant d’identifier la personne).
  • Expliquez la raison d’être de la recherche des contacts et de l’isolement, qui peuvent être perçus comme intrusifs ou ciblés. Les patients ont le droit de savoir comment leurs résultats d’examen seront utilisés par la Santé publique et qui y aura accès.
  • Expliquez au patient que vous êtes tenu par la loi de transmettre les résultats à l’autorité de santé publique, qui a légalement le droit de communiquer avec lui à des fins d’enquête et de gestion des contacts.

5. Tenez compte de l’abordabilité et de l’accès aux ressources lorsque vous discutez des solutions et interventions possibles avec le patient.

  • Ne présumez pas que les déterminants de la santé tels que le logement, le soutien de la communauté, la sécurité alimentaire et le revenu, entre autres, sont suffisants pour faire face à la pandémie.
  • Sachez que la marginalisation à laquelle font face les personnes LGTBQI+ et les personnes handicapées peut aggraver les obstacles à l’accès aux solutions proposées.
  • Comprenez que certaines communautés autochtones ne disposent pas des fonds nécessaires pour couvrir les coûts liés à la COVID-19.
  • Offrez une aide à la communauté en fonction de ses besoins et réfléchissez ensemble à différentes solutions qui lui permettraient de se doter des fournitures et équipements nécessaires.
  • Concevez, mettez en œuvre et évaluez les interventions en partenariat avec la communauté et ses dirigeants. Il serait irrespectueux et paternaliste de ne pas le faire.
  • Sachez que les mesures de santé publique peuvent différer dans les différentes communautés urbaines, rurales et éloignées.
  • Ne faites pas de déclarations générales et ne proposez pas d’interventions qui ne peuvent s’appliquer qu’à un certain nombre de domaines, de communautés ou de régions.
  • Reconnaissez la diversité des peuples autochtones et de leurs communautés, même au sein d’une nation ou d’un groupe culturel.
  • Collaborez avec votre communauté locale afin de vous assurer que les initiatives liées à la COVID-19 sont appropriées et adaptées aux réalités culturelles.


Collaborateurs : membres du Comité directeur sur l’intégration de la santé des Autochtones à la formation médicale postdoctorale spécialisée au Collège royal : Dr Ryan Giroux, Dre Donna May Kimmaliardjuk, Dre Jessie Nault et Dre Willow Thickson; membres du Comité sur la santé des Autochtones : Dre Marcia Anderson, Dre Carrie Bourassa, Dre Sarah Funnell, Dre Lisa Richardson et Mme Louise Simard; membres du personnel du Collège royal : Mme Danielle Fréchette, M. Arun Shrichand et M. Paul Tomascik.
Art : Selena Mills, ROAR Creative Agency